Lettre familiale

Rédigez des lettres familiales uniques avec l’aide de la Plume des Héros. Transmettez vos émotions et souvenirs à vos proches avec des mots justes.

Lettre hommage d’une fille à son père en souvenir d’un jour heureux : la naissance d’une petite sœur.

Sous la Plume des Héros, une fille rend hommage à son père, évoquant le jour de la naissance de sa petite sœur, marquant un événement mémorable dans une période grise. Elle se remémore des détails précis, des émotions, et des souvenirs qui illuminent sa vie. Malgré les aléas du temps, ces moments restent gravés dans sa mémoire.


Je me souviens du temps qu’il faisait ce jour-là.

Grisaille habituelle qui fait que les jours se suivent et se ressemblent, cotonneux. Pour briser ce cycle hivernal, cette torpeur si familière des mois sans lumière, il fallait un événement. Quelque chose. N’importe quoi.

Je me souviens de te voir sortir de ta voiture pour venir me chercher. Ça n’arrivait jamais. C’est aussi pour ça que je m’en souviens.

« Tu te souviens ? » tu m’as dit.

J’ai répondu « oui » sans trop y croire. Tu as plissé les yeux en souriant, avec ce rictus des jours importants.

« Tu vas être grande sœur ! »

Je me souviens du trajet exact, de la lumière des réverbères défilant sans fin sur ce pont de goudron mouillé. Je me souviens des cernes de ma mère, du sourire de l’infirmière, et de la peluche que j’avais dans les bras.

Une fille. « Encore une », ai-je pensé. Je me souviens de cette odeur caractéristique de lit d’hôpital, avec ses draps trop lisses et trop lourds. Je me souviens du néon dont la lumière blanche ternissait ce moment si spécial.

Je me souviens. Les premiers doudous, les balbutiements tant attendus, les pas maladroits, les premières chutes.

Le rayon de soleil sur sa fontanelle duveteuse, qui sentait le bonheur et la promesse du temps qui nous appartient.

Les petits pots boudés, le verre à bec qu’on n’arrivait jamais à ouvrir du premier coup. Je me souviens : sa manière de dire « merci », « au revoir », « Marie ». Il manquait toujours le « r ». Je me souviens, plus tard, de la tête qu’elle faisait pour me faire rire, avec ses sourcils en forme d’accent circonflexe. Je me souviens d’avoir vendu mon tiki pour lui offrir sa collection d’images panini.

Je me souviens qu’à partir du néon sans couleur, il n’y a plus eu de jours gris. C’est comme si le ciel avait arrêté de pleurer.

Je me souviens aussi de m’être dit : tout ça, tu oublieras.

Et pourtant. Papa, tu vois. Je m’en souviens.